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La Nef obtient un élargissement de son agrément et se rapproche d’une banque éthique de plein exercice

Pour rappel, la Nef (dont nous avons parlé plus en détail ici) est un établissement financier qui promeut depuis 1978 (sous forme d’association et 1988 sous forme de société financière) la finance éthique en France. Elle se distingue notamment par la transparence de l’utilisation des fonds qui lui sont confiés (elle publie en effet la totalité des prêts qu’elle octroie aux porteurs de projets – voir ci-joint la liste des projets financés en 2014) et par un jugement éthique préalable à toute analyse économique du projet. Ce jugement porte notamment sur l‘utilité sociale, environnementale et/ou culturelle du projet.

Jusqu’au 17 avril dernier, elle était limitée dans ses activités : elle ne pouvait proposer que des produits d’épargne bloqués pendant 24 mois (comptes à terme) et des crédits à moyen long-terme pour les entreprises (majoritairement) et les particuliers (prêts pour l’acquisition d’un habitat ou d’un véhicule écologique par exemple). Le livret d’épargne et le compte-courant (couramment utilisé avec un chéquier et une carte bancaire) lui étaient interdits

Désormais, elle a le droit d’ouvrir des livrets d’épargne et des comptes-courants pour les entreprises, avec des moyens de paiement excepté le chéquier. Cela lui permet de soutenir les entreprises pour leurs besoins à court-terme.

Pour les particuliers, la nouveauté réside dans le livret d’épargne, sur lequel on peut verser et retirer de l’argent chaque jour, et qui est donc dit « liquide ».

Cette demande d’agrément va permettre de débloquer une partie des tâches nécessaires à leur commercialisation, qui doit être effective avant avril 2016.

Pour les compte-courant des particuliers, il faudra faire une nouvelle demande d’agrément, prévue pour 2017.

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à consulter (et à aimer!) la page Facebook de La Nef sur laquelle la Nef a répondu à de nombreux commentaires demandant plus de précisions. https://www.facebook.com/societefinancieredelaNef?fref=ts

 

 

La Nef lance sa campagne de mobilisation pour devenir une banque de plein exercice

 

La Nef vient de lancer sa campagne de mobilisation avec un site dédié

Concrètement, la règlementation européenne permet depuis le 1er janvier 2014 à la Nef de passer du statut de société financière, qui la limitait à faire des prêts à plus de 2 ans, et de devoir passer par un intermédiaire (le Crédit Coopératif) pour fournir des services bancaires au quotidien (compte-courant, chèque, carte bancaire, etc.), à celui de banque de plein exercice.

Pour cela, il faut que les sociétaires votent une modification des statuts. Même si vous n’êtes pas déjà sociétaires aujourd’hui, vous pouvez le devenir et voter à la prochaine assemblée générale extraordinaire (si vous le faites avant le 1er mai).

Je vous conseille d’aller faire un tour sur le site dédié, avec notamment une vidéo de deux minutes expliquant la démarche, ainsi que la foire aux questions, également très bien faite.

Il s’agit de la première banque éthique en France. La banque Triodos, dont nous avons également parlé ici, s’installera prochainement en France.

La nouvelle revue de la Nef, avec un premier calendrier du déploiement de ses activités de Banque de plein exercice sur 2014 et 2015

La Nef a refondu sa revue, Vif Argent, et propose désormais « Fil d’argent ».

Ce numéro est très riche (nous y reviendrons), et intègre notamment un premier calendrier du déploiement de ses activités de Banque de plein exercice sur 2014 et 2015 :

http://www.lanef.com/upload/news_52de8a9e86e0e.pdf

Triodos, une banque durable

Parfois, une image vaut plus qu’un long discours, alors voilà ce que la finance éthique pratiquée par la banque Triodos permet d’offrir à ses clients : on finance tel projet, à tel endroit.

Source : http://www.triodos.be/fr/la-banque-triodos/votre-epargne-a-la-trace/

Triodos, une banque durable européenne née aux Pays-Bas

La fondation Triodos est créée en 1971 dans le but de collecter des dons pour financer des projets innovants et durables, et obtient en 1980 l’agrément bancaire lui permettant de créer une nouvelle structure, Triodos Bank.

Sa croissance lui a permis de persifier ses activités au niveau sectoriel (immobilier durable, micro-finance, énergies renouvelables, commerce équitable, etc.) et géographique (Belgique, Royaume-Uni, Espagne, Allemagne)

Elle s’adresse aux particuliers et professionnels avec une offre très simple et n’a pas recours aux marchés financiers pour se refinancer (elle prête ce que lui permet sa base de dépôts).

Triodos est probablement le plus grand établissement respectant à la fois la transparence du circuit financier et un engagement éthique

  • 5 Milliards d’Euros de bilan
  • 3,2 Milliards d’Euros de prêts
  • 437 000 clients

Source : rapport annuel 2012

La transparence et l’argent au service des valeurs font partie des principes fondamentaux, mais pas la participation des usagers à la maîtrise de l’outil financier

Ces principes sont en lien avec l’anthroposophie, un courant de pensée développé par Rudolph Steiner, et qui a donné des applications dans le domaine de l’éducation (Ecoles Steiner) ou l’agriculture (bio-dynamie), et qui est aussi à l’origine de la Nef.

  • Financement d’activités respectueuses des hommes, de leur environnement et de leur culture
  • La transparence du circuit financier, à travers notamment une carte interactive localisant et décrivant les projets financés (voir ci-dessus)
  • L’excellence du service rendu
  • Le soutien à l’entrepreneuriat
  • Le profit comme moyen et non comme fin : optimisation mais non maximalisation du profit, c’est-à-dire parvenir à satisfaire l’ensemble des parties prenantes (salariés, épargnants, emprunteurs, société civile, actionnaires)
    • Concrètement, il n’y a pas de bonus à la performance incitant à maximiser la rentabilité
  • Le maintien d’un rapport de 1 à 10 des salaires dans l’entreprise
  • Compenser l’empreinte carbone de la banque à 100% (il me semble qu’il s’agit de l’empreinte directe de la banque et non celle liée aux financements réalisés)

On y retrouve deux des piliers de la finance éthique vus chez les Cigales ou la Nef : la transparence et l’argent au service de ses valeurs.

Par contre, la participation des usagers à la maîtrise de l’outil financier n’est pas réellement présent, car Triodos n’est pas une coopérative mais une société anonyme, dont les actions sont détenues par la SAAT (Stichting Adminstratiekantoor Aandelen Triodos Bank) qui regroupe les fondateurs de la banque.

Pour lever des fonds, la SAAT émet des certificats d’actions de la banque, qui donne des droits de vote restreints. Cela permet aux fondateurs de se protéger d’un rachat et d’un changement de culture qui y serait associé. Ainsi, au-delà de certains seuils de certificats d’actions, les droits de vote n’augmentent plus. C’est un intermédiaire entre la société anonyme pure où 1 action égale 1 voix, et le modèle coopératif où 1 personne égale 1 voix.

Lors de son intervention au séminaire cité plus bas, Olivier Marquet, directeur général de Triodos Belgique explique que les créateurs de Triodos ont étudié la meilleure forme juridique pour développer une banque éthique (au sens de transparente et au service de certaines valeurs). Le modèle coopératif était le plus courant, mais ils ont conclu que le meilleur modèle pour atteindre une taille importante, permettant de ne pas simplement être un acteur marginal mais d’avoir un vrai pouvoir de changer la société, était la société anonyme, l’argument principal étant la capacité à lever du capital massivement.

La finance éthique concrètement, ce sont des débats sur ce qu’est une bonne société

Un autre exemple illustre un des aspects les plus intéressants de la finance éthique. Une fois que l’on entre dans une démarche éthique, en défendant des valeurs, il faut pouvoir le mettre en pratique dans la réalité en finançant des projets qui y correspondent. Olivier Marquet parle de l’alcool, en expliquant que les hollandais souhaitaient interdire les brasseries des fonds d’investissement socialement responsable (ISR), car l’alcool est à bannir. Les belges ont eux rétorqué que les brasseries faisaient partie de la culture belge, et que de nombreuses petites brasseries belges avaient besoin de leurs financements, et qu’ils souhaitaient le faire. Finalement, les brasseurs ne sont pas exclus des fonds ISR s’ils n’ont pas de politique de communication agressive envers les jeunes.

L’ISR chez Triodos

Triodos a une quinzaine de salariés travaillant sur la notation extra-financière des 1 600 plus grandes cotations boursières mondiales. Leurs critères sont en général plus sévères que d’autres agences selon Olivier Marquet.

  • Fait intéressant, Triodos vend à d’autres banques ses listes d’entreprises responsables et irresponsables pour qu’elles proposent elles-aussi des fonds ISR.
  • Autre fait intéressant, et j’espère aussi y revenir dans un article sur l’engagement actionnarial, Triodos engage un dialogue avec les entreprises qu’elle note, celles-ci demandant comment elles peuvent s’améliorer afin de rentrer dans les actions éligibles à l’ISR.
    • exemple concret : il y a 7-8 ans, Triodos avait sélectionné Pepsi mais pas Coca-Cola dans les actions éligibles à l’ISR. Coca-Cola a appelé en demandant pourquoi, et s’est vu répondre que Pepsi avait arrêté d’utiliser du fréon (gaz toxique) dans les distributeurs de boisson. Coca-Cola aurait arrêté l’utilisation du fréon juste après.

Olivier Marquet explique par ailleurs que les investissements ISR (en actions côtées) ont une performance similaire aux actions « non-responsables ».

Triodos se cantonne aux métiers de base du banquier mais innove énormément

L’innovation en banque n’est donc pas nécessairement synonyme de produits dérivés et de formules mathématiques complexes, ou bien d’ordinateurs puissants permettant du trading haute-fréquence, mais de réponses à des enjeux de société:

  • 1990 : Lancement d’un Fonds commun de placement (FCP) pour la transition de l’agriculture vers le modèle biologique.

La densité aux Pays-Bas étant très forte, le modèle intensif avec épandage de pesticides nuisait directement aux habitants proches des champs. L’Etat ne pouvant pas financer les coûts de reconversion, Triodos a proposé de créer un FCP recueillant les investissements de particuliers, et prêtant aux agriculteurs en conversion. L’Etat ne payait qu’une fraction des sommes envisagées via un avantage fiscal pour les investisseurs et une bonification des prêts.

  • 1995 : Fonds de micro-finance
  • 2004 : Fonds immobiliers consacré aux bâtiments de bureau passifs ou à faible consommation
  • 2006 : FCP pour la rénovation des musées nationaux

Des prises de positions importantes

Triodos milite pour la séparation des banques de dépôts et des banques d’investissements, et tient un discours très original aux régulateurs : méfiez-vous des banquiers, ils veulent de l’auto-régulation mais si vous les laissez ils referont pareil! Triodos Belgique ne fait pas partie de l’association des banques belges par exemple.

Un autre élément de l’entretien avec Olivier Marquet m’a interpellé. Il y explique que selon les pays, Triodos ne finance pas la même part de projets écologiques, sociaux ou culturels. Par exemple, en Belgique, Triodos ne finance quasiment que des projets écologiques, car l’économie sociale est déjà bien servie par d’autres acteurs et qu’ils ne souhaitent pas leur faire concurrence. Au-delà de la possibilité d’un effet d’affichage, ou du fait que Triodos ne serait de toute façon pas compétitif, cela peut nous faire penser au développement des banquiers mutualistes ou coopératifs français dans le secteur de l’assurance (ou vice-versa), alors que des acteurs coopératifs et/ou mutualistes – participant donc en théorie à l’économie sociale et solidaire – sont présents de longue date. (Un point souligné par M. Abhervé et P. Dubois). Reste l’argument que cette concurrence accrue peut stimuler la concurrence et donc faire baisser les tarifs pour les sociétaires-usagers, argument évidemment recevable mais à relativiser dans un domaine où la coopération et la solidarité sont censées régner.

Par contre, étonnamment, la problématique des paradis fiscaux ne semble pas intéresser Triodos.

Une situation financière originale : liquidités abondantes, retour sur investissement limité mais stable

Triodos, dispose de critères de sélection des projets sévères et d’une politique de risque restrictive liée à la taille et la jeunesse de la banque. Cela implique un décalage structurel entre les ressources collectées (dépôts des particuliers) et le montant utilisé (les prêts débloqués). La banque ne se finance donc pas sur les marchés financiers et dispose d’une grande autonomie.

Par ailleurs, les dividendes sont limités à environ 5% de la valeur du certificat d’action, contre une attente située plutôt autour de 10% pour le secteur bancaire, afin de conserver les moyens de croître à un rythme rapide (objectifs de 20% par an). Toutefois, Olivier Marquet souligne que sur le long terme, le retour sur investissement n’est sans doute pas si éloigné, si on prend en compte l’effet de la crise. La chute des cours a compensé les importants dividendes reçus.

Liens avec la Nef

Lors de mon article sur la Nef, je parlais de la volonté de la Nef d’obtenir l’agrément bancaire. Une des possibilités offertes à la Nef était de devenir intermédiaire en opérations bancaires pour le compte de Triodos en France, afin d’agir comme une banque. Mais finalement l’option retenue a été de créer une Banque Ethique Européenne avec d’autres coopératives.

Triodos a annoncé son lancement en France en 2013 : les financements semblent pour l’instant limités aux grands projets (au-delà de 500 000 €). C’est donc une excellente nouvelle pour la finance éthique et les secteurs qu’elle finance principalement (énergies renouvelables, Economie Sociale et Solidaire, secteurs culturel et social, etc.)

Article basé sur le compte-rendu de l’intervention d’Olivier Marquet, directeur général de Triodos Belgique, lors du séminaire Roland Vaxelaire de la Majeure Alternative Management d’HEC, le 2/02/2011, et de la fiche sur Triodos transmise par la Nef

[La première version de cet article a été originellement publié le 25/02/2012 sur financeethique.blogspot.com]

La finance éthique concrètement : rejoindre la Nef, une banque éthique

L’expérience de la Cigales est très enrichissante, mais il faut bien avouer qu’elle est restreinte. Le capital-risque, c’est…risqué. Pas question de mettre toutes ses économies là-dedans. Où mettre le reste de son argent? Et sans même penser à son épargne, quelle banque choisir lorsque l’on est dans une démarche éthique?

En continuant mes recherches, je découvre la société financière de la Nef (Nef pour Nouvelle Economie Fraternelle). Les premiers principes de la finance éthique que j’identifie chez les Cigales (transparence, argent au service de ses valeurs et participation aux décisions) s’appliquent ici aussi.

Pour la transparence, la Nef fait simple et efficace. Elle publie chaque mois (dans une revue en ligne dédiée aux sociétaires qui demandent à la recevoir, « Correspondances ») et chaque année (dans un document disponible sur simple demande) la liste des prêts qu’elle a effectuée. Voici un exemple, avec les informations précises enlevées par mes soins.

A l’inverse des autres banques, je sais exactement où va mon argent. On évite l’effet « boîte noire » des institutions financières classiques, où le déposant met son argent dans des boîtes (compte chèque, livret d’épargne, etc.) sans savoir où il circule ni à quoi il sert.

Concernant les valeurs, il est plus simple de citer ce passage du site internet : « La Nef sélectionne les projets qu’elle finance en fonction de leur utilité écologique, sociale et/ou culturelle. Elle privilégie des initiatives qui visent le développement local de l’économie et choisit délibérément de n’encourager aucune action qui nuirait à la personne ou à l’environnement ».

Enfin, la Nef est une coopérative. Le principe « un homme égale une voix » (et non une action égale une voix) est donc appliqué, ce qui permet de participer à la gouvernance de la banque et d’être écouté par les dirigeants de la banque. C’est à mon sens le troisième principe de la finance éthique : la politique de l’argent, c’est à dire la participation aux décisions, la co-construction de l’outil financier qui manipule les flux d’argent.

Je reviendrai plus longuement sur cette participation à la gouvernance, mais j’en donne une illustration concrète. Chaque mois, le Groupe Local Ile de France, formé par les sociétaires intéressés par la participation à la gouvernance de la banque, se réunit. En ce moment [février 2012], on prépare :

  • le « séminaire de vie coopérative », qui nous permet de rencontrer au siège de la Nef les salariés, les dirigeants de la coopérative, et les autres sociétaires engagés, pendant 2 jours et demi. Un peu comme si un client de BNP Paribas intéressé par sa banque allait discuter avec Baudouin Prot, son Directeur Général.
  • notre contribution au plan d’entreprise à 3 ans. Un peu comme si ce même client de BNPP donnait son avis à Baudouin Prot sur le plan stratégique. Cela implique évidemment un élément essentiel, la compétence des sociétaires pour donner leur avis. D’où le travail d‘éducation populaire de la Nef et des sociétaires issus du monde bancaire pour expliquer à tous les autres comment la banque fonctionne, ses contraintes, ses marges de manoeuvre, ses options. Ceci passe notamment par des assemblées locales avant l’assemblée générale annuelle, des articles dans le vif-argent, et les compte-rendu des assemblées générales ou des groupes de travail, disponibles sur demande. Une manière de répondre concrètement à ceux qui pensent que la finance et l’économie c’est « trop complexe » pour les citoyens.

Pour être tout à fait précis sur le côté technique, la Nef est une société coopérative financière disposant d’un agrément pour effectuer des crédits d’une durée supérieure à 2 ans. Pour toute les opérations de banque au quotidien, elle a passé une convention avec le Crédit Coopératif, qui met à disposition ses agences et ses produits (Chéquiers, Carte Bleue, service bancaires par téléphone et internet, etc.) pour les clients de La Nef. Il est donc possible dès aujourd’hui d’accéder à une véritable alternative bancaire. Pour ceux qui critiquent les banques actuelles en leur laissant pourtant leur argent, le changement est donc possible!

Enfin, la Nef cherche à disposer d’un agrément bancaire de plein exercice, pour être autonome. Depuis plusieurs années, elle discute avec des coopératives de finance partageant les mêmes valeurs pour créer une Banque Ethique Européenne.

Depuis peu, les choses s’accélèrent, avec notamment l’annonce que la Nef devrait pouvoir offrir en toute autonomie l’ensemble des services bancaires (compte-chèques, cartes bleues, etc.) à partir de 2015

Alors, tentés ?

[La première version de cet article a été originellement publié le 13/02/2012 sur financeethique.blogspot.com]

La finance éthique concrètement : l’expérience d’un cigalier

Pour commencer la série « La finance éthique concrètement », je vais parler de ma première expérience réelle de finance éthique, qui a commencé fin 2008.

En me renseignant sur les mouvements liés au « développement durable », j’ai trouvé le site des CIGALES  (Club d’Investissement pour une Gestion Locale et Alternative de l’Epargne Solidaire). Je me suis donc rendu en novembre ou décembre à une réunion d’information animée par David Nicolet, un des piliers du mouvement en Ile de France. Quelques mois plus tard, après avoir assisté à 3 réunions, j’ai intégré la Cigales Pacha Mama.

Les Cigales, qu’est ce que c’est ?

Concrètement, entre 5 et 20 personnes mettent de l’argent tous les mois en commun dans le but d’investir au capital d’entreprises locales, la plupart en cours de création, qui s’insèrent dans l’Economie Sociale et Solidaire (énergies renouvelables, économies d’énergie, agriculture Bio, activités culturelles, personnes en réinsertion, etc).

A quoi ça sert ?

Une Cigales investit entre 1 000 € et 3 000 € par projet (plusieurs Cigales peuvent se joindre au même projet) et permet aux entrepreneurs d’obtenir plus facilement des prêts bancaires et des garanties/caution de la part de fonds spécialisés (France Active), en augmentant les fonds propres, et en montrant que d’autres personnes que le porteur, ses amis et sa famille croient au projet.
Par ailleurs, le fait d’avoir une Cigales à son capital permet de postuler à « Garrigue », une société coopérative de finance solidaire qui investit des montants plus importants (de l’ordre de 10 000€ à 30 000€).

Qu’est ce que j’en retiens ?

En pratique, mes 600 € personnels ont participé au financement d’une boulangerie employant des salariés en insertion (http://www.farinez-vous.com/ ), d’une librairie à La Courneuve (http://www.librairie-la-traverse.fr/ ), d’une entreprise de matériaux de construction écologiques (Bats Verts), etc.

Durant deux ans et demi, j’ai assisté à une quinzaine de réunions où un entrepreneur expose son idée et défend son projet. A part être tenu au courant des derniers développements du marché des couches lavables (http://www.apinapi.fr/catalog/ ), c’est une très bonne porte d’entrée pour connaître le tissu économique local et les problématiques que rencontrent les entrepreneurs. Si l’on veut soit même monter son entreprise dans le futur, c’est bien évidemment un poste d’observation très intéressant.

Surtout, cela m’a permis de rencontrer des personnes entreprenantes avec qui je partage la volonté de construire un monde plus conforme à mes valeurs, en particulier le respect de l’environnement et la solidarité. Je compte ici les entrepreneurs eux-mêmes, mais aussi les autres membres de la Cigales, qui permettent de se confronter à des visions différentes. Ça veut par exemple dire batailler sur l’opportunité de financer une librairie à La Courneuve avec une kiné, un officier de la marine ou un jeune retraité.

Enfin, je peux (i) savoir concrètement où passe une partie de mon argent, (ii) appuyer des entrepreneurs qui créent de la valeur ajoutée sociale et environnementale et (iii) participer activement aux décisions de l’outil financier (ici le club d’investissement)

La transparence, l’argent au service de ses valeurs, la capacité d’agir sur les outils financiers, voilà une première approche de ce qu’est la finance éthique selon moi.

[Cet article a été originellement publié en janvier 2012 sur financeethique.blogspot.com]