novembre 2013 archive

Revue de presse de septembre

 

La revue de presse est une sélection non exhaustive d’articles dans le domaine des finances alternatives (éthique, solidaire, durable, responsable, etc.) au cours du mois.

N’hésitez pas à signaler d’autres articles qui méritent selon vous d’être cités

Ce mois-ci nous retenons en particulier des articles sur :

  1. Des acteurs et initiatives de finances alternatives :
    1. Un acteur de la finance éthique et solidaire, la Nef
    2. Une nouvelle initiative originale d’Investissement Socialement Responsable qui incorpore des éléments de finance solidaire et de micro-crédit.
  2. Des prises de positions :
    1. Bernard Bayot, du Réseau de financement alternatif (RFA) en Belgique
    2. Finance Watch sur l’utilité sociale du système financier
    3. Le journal l’Humanité qui relaie une critique du fonctionnement des banque coopératives par Gilles Caire
  3. Deux articles sur l’ISR à propos de la multiplicité des labels existants et de l’évolution vers un label unique
  4. Trois articles sur la finance participative :
    1. Bpifrance lance un portail pour tous les projets
    2. Un article sur les scénarios de développement de la finance participative en France et en Europe
    3. Un article provocateur sur la comparaison des compétences d’évaluation des risques entre investisseurs particuliers et banquiers via une étude sur les plateformes de finance participative
  5. Des articles de réflexion sur l’éthique et l’argent :
    1. Une série de trois articles sur le blog de La Croix « Doctrine sociale »
    2. La publication d’un nouveau livre sur la finance socialement responsable par des philosophes spécialistes en éthique appliquée
  6. Deux articles sur les initiatives de l’ONU avec les bourses pour améliorer le reporting social et environnemental des entreprises au niveau mondial

 

Titre

Thèmes et mots-clés
1 Un acteur de la finance éthique et solidaire, la Nef Finance éthique, finance solidaire, réflexion sur l’argent
2 Une nouvelle initiative originale d’Investissement Socialement Responsable qui incorpore des éléments de finance solidaire et de micro-crédit. Acteur, initiative, ISR, finance solidaire
3 Bernard Bayot, du Réseau de financement alternatif (RFA) en Belgique ISR, label, transparence, éthique,  Prise de position
4 Finance Watch sur l’utilité sociale du système financier Politique, Régulation, Utilité sociale, Prise de position
5 Le journal l’Humanité qui relaie une critique du fonctionnement des banque coopératives par Gilles Caire Prise de position, étude, initiative, gouvernance, banque coopérative
6 Deux articles sur l’ISR à propos de la multiplicité des labels existants et de l’évolution vers un label unique ISR, label, Novethic
7 Une étude de Novethic sur l’Investissement Socialement Responsable, montrant les actions, limites et perspectives des actionnaires pour changer le comportement des multinationales, notamment après l’affaire du Rana plaza.
8 Bpifrance lance un portail pour tous les projets Finance participative, Bpifrance
9 Un article sur les scénarios de développement de la finance participative en France et en Europe Finance participative, scénarios, prospective
10 Un article provocateur sur la comparaison des compétences d’évaluation des risques entre investisseurs particuliers et banquiers via une étude sur les plateformes de finance participative Finance participative, utilité sociale
11 Une série de trois articles sur le blog de La Croix « Doctrine sociale » Finance éthique, christianisme, religion, réflexion sur l’argent
12 La publication d’un nouveau livre sur la finance socialement responsable par des philosophes spécialistes en éthique appliquée Finance éthique, finance solidaire, finance socialement responsable, réflexion sur l’argent
13 Deux articles sur les initiatives de l’ONU avec les bourses pour améliorer le reporting social et environnemental des entreprises au niveau mondial ONU, reporting, Bourses

 1/ L’article sur la Nef de Martin Bernard (voir notre propre article ici)

Il déplore notamment le fait que les initiatives comme la Nef ne bénéficient pas de plus d’attention de la part des médias, ce que nous partageons. Il propose également une lecture attentive des statuts sur la vision de la Nef qui est très instructive.

Pour ceux qui iront lire l’article, nous avons mis en commentaire deux précisions pour compléter l’article et préciser un élément qui ne nous semblait pas justifié.

2/ Le lancement de Funds For Good en Belgique :

Composée d’une SICAV (société d’investissement à capital variable) classique

Un engagement sur l’honneur a été pris de ne pas investir dans l’armement, ni dans les matières premières agricoles, ni dans l’eau ou d’autres actifs cyniques. Le label Ethibel est chargé de vérifier chaque année le respect de la charte philanthropique du fonds.

Une partie des bénéfices réalisés sur les frais de gestion et de distribution de la sicav est reversée à un fonds d’investissement abrité à la Fondation Roi Baudouin, Generation For Good, dont le rôle est de financer des activités dans la santé, l’éducation et l’entrepreneuriat.

Sur la partie entrepreneuriat, Generation For Good passe par Microstart, un institut de microcrédit belge. Funds For Good permettra aux clients de Microstart de bénéficier, outre d’un prêt classique soumis aux intérêts, d’un prêt d’honneur (sans garantie et à taux 0) qui lui est assorti jusqu’à 50 % du montant du prêt classique.

3/ L’entretien de Bernard Bayot, directeur depuis 2004 du Réseau de financement alternatif (RFA) en Belgique

Il n’existe pas de garantie que les fonds de placement ISR ou solidaires (qui reversent une partie des gains à des associations, comme Funds For Good ci-dessus) placent les fonds dans des entreprises aux effets sociaux et environnementaux négatifs (armement, etc.).

RFA souhaite un label public pour le faire, et a même fait une proposition de loi en 2006, reportée suite aux crises gouvernementales en Belgique.

A défaut, RFA a constitué une base de données des produits financiers socialement responsables (300 en Belgique), notés par l’association et disponible sur le site de Financité.

4/ L’ONG Finance Watch lance une campagne pour appeler à de vrais changements dans le secteur financier et mobiliser les citoyens européens. (Novethic)

Un entretien avec Finance Watch sur sa campagne de communication pour montrer, à l’occasion du 5eme anniversaire de la crise, que l’inflation de règlementations qui a suivi n’a pas permis de remettre la finance au service de la société.

5/ Les assemblées générales des banques coopératives sont loin des principes démocratiques écrits dans les statuts

Plusieurs exemples des dérives de la démocratie coopérative dans les banques comme le Crédit Agricole, tirés en parti d’une étude de Gilles Caire de l’université de Poitiers. L’exemple d’une tentative de changement démocratique mené par un entrepreneur dans une caisse locale rend l’article encore plus intéressant.

6/ Les initiatives de label ISR se concurrencent, ce qui pourrait amener à un label unique mené par les pouvoirs publics

Lien 1 et Lien 2

L’offre ISR est constituée par des approches différentes selon les sociétés de gestion, qui elles-mêmes ne sont pas toujours transparentes quant à leurs placement.

« Nous n’agrégeons même plus les données de l’ISR à l’échelle de l’Europe car cela revient à additionner des choux et des carottes », renchérit Anne-Catherine Husson-Traoré, directrice générale du centre de recherches Novethic

Plusieurs labels et définitions sont donc présents sur le marché :

  • Le label référence de Novethic, filiale de la Caisse des Dépôts. Certains acteurs comme Amundi l’ont critiqué, refusent de participer au classement, et cherchent à obtenir d’autres manières d’être légitimes, comme la certification Afnor « engagement de service – démarche ISR ».
  • La définition de l’ISR de l’Association française de gestion, en liaison avec le FIR (Forum pour l’investissement responsable)
  • Dans l’épargne salariale, c’est le Comité intersyndical de l’épargne salariale (CIES) qui labellise les fonds répondant à ses propres critères.

Le rapport Brovelli-Drago-Moliné remis en juin propose de créer un label « unique et enrichi » défini avec les pouvoirs publics.

7/ Une étude de Novethic sur l’Investissement Socialement Responsable, montrant les actions, limites et perspectives des actionnaires pour changer le comportement des multinationales, notamment après l’affaire du Rana plaza.

8/ Bpifrance soutient la finance participative

Bpifrance lance le portail « Tousnosprojets.fr », qui agrège l’ensemble des projets, entrepreneuriaux ou non, faisant appel aux internautes pour être financés.

9/ Financement participatif

Un article proposant des scénarios sur le développement du financement participatif en France et en Europe, selon les options prises par le gouvernement français en matière de régulation française et européenne.

10/ Financement participatif

Un article de Paul Seabright de l’Ecole d’économie de Toulouse sur le financement participatif. A la suite d’une étude (non encore publiée) montrant que les prêteurs d’un site de financement participatif pour des prêts aux particuliers (Prosper.com) prédiraient mieux le risque que les banques, l’auteur pose la question de la pertinence des banques comme intermédiaire privilégié du système financier, surtout après les risques pris et matérialisés lors de la dernière crise.

11/ La série de 3 articles parus sur le blog du journal la Croix « Doctrine sociale », à propos des dernières publications sur le regard chrétien sur la finance

Lien 1, Lien 2, Lien 3

12/ Publication d’un nouveau livre sur la finance socialement responsable

André Lacroix, Allison Marchildon, coll. de Louise Campeau, Quelle éthique pour la finance? Portrait et analyse de la finance socialement responsable, Québec, Les Presses de l’Université du Québec, 2013, 252 p.

13/ De nouvelles bourses rejoignent l’initiative de l’ONU « sustainable stock exchange »

Lien 1, Lien 2

Cette initiative lancée en 2008 cherche à inciter les entreprises clientes des bourses de réaliser un meilleur « reporting » sur les questions sociales et environnementales. L’objectif à terme est de faire de ce reporting un préalable à toute entrée en Bourse. Aucun moyen  n’est malheureusement défini pour y arriver.

Triodos, une banque durable

Parfois, une image vaut plus qu’un long discours, alors voilà ce que la finance éthique pratiquée par la banque Triodos permet d’offrir à ses clients : on finance tel projet, à tel endroit.

Source : http://www.triodos.be/fr/la-banque-triodos/votre-epargne-a-la-trace/

Triodos, une banque durable européenne née aux Pays-Bas

La fondation Triodos est créée en 1971 dans le but de collecter des dons pour financer des projets innovants et durables, et obtient en 1980 l’agrément bancaire lui permettant de créer une nouvelle structure, Triodos Bank.

Sa croissance lui a permis de persifier ses activités au niveau sectoriel (immobilier durable, micro-finance, énergies renouvelables, commerce équitable, etc.) et géographique (Belgique, Royaume-Uni, Espagne, Allemagne)

Elle s’adresse aux particuliers et professionnels avec une offre très simple et n’a pas recours aux marchés financiers pour se refinancer (elle prête ce que lui permet sa base de dépôts).

Triodos est probablement le plus grand établissement respectant à la fois la transparence du circuit financier et un engagement éthique

  • 5 Milliards d’Euros de bilan
  • 3,2 Milliards d’Euros de prêts
  • 437 000 clients

Source : rapport annuel 2012

La transparence et l’argent au service des valeurs font partie des principes fondamentaux, mais pas la participation des usagers à la maîtrise de l’outil financier

Ces principes sont en lien avec l’anthroposophie, un courant de pensée développé par Rudolph Steiner, et qui a donné des applications dans le domaine de l’éducation (Ecoles Steiner) ou l’agriculture (bio-dynamie), et qui est aussi à l’origine de la Nef.

  • Financement d’activités respectueuses des hommes, de leur environnement et de leur culture
  • La transparence du circuit financier, à travers notamment une carte interactive localisant et décrivant les projets financés (voir ci-dessus)
  • L’excellence du service rendu
  • Le soutien à l’entrepreneuriat
  • Le profit comme moyen et non comme fin : optimisation mais non maximalisation du profit, c’est-à-dire parvenir à satisfaire l’ensemble des parties prenantes (salariés, épargnants, emprunteurs, société civile, actionnaires)
    • Concrètement, il n’y a pas de bonus à la performance incitant à maximiser la rentabilité
  • Le maintien d’un rapport de 1 à 10 des salaires dans l’entreprise
  • Compenser l’empreinte carbone de la banque à 100% (il me semble qu’il s’agit de l’empreinte directe de la banque et non celle liée aux financements réalisés)

On y retrouve deux des piliers de la finance éthique vus chez les Cigales ou la Nef : la transparence et l’argent au service de ses valeurs.

Par contre, la participation des usagers à la maîtrise de l’outil financier n’est pas réellement présent, car Triodos n’est pas une coopérative mais une société anonyme, dont les actions sont détenues par la SAAT (Stichting Adminstratiekantoor Aandelen Triodos Bank) qui regroupe les fondateurs de la banque.

Pour lever des fonds, la SAAT émet des certificats d’actions de la banque, qui donne des droits de vote restreints. Cela permet aux fondateurs de se protéger d’un rachat et d’un changement de culture qui y serait associé. Ainsi, au-delà de certains seuils de certificats d’actions, les droits de vote n’augmentent plus. C’est un intermédiaire entre la société anonyme pure où 1 action égale 1 voix, et le modèle coopératif où 1 personne égale 1 voix.

Lors de son intervention au séminaire cité plus bas, Olivier Marquet, directeur général de Triodos Belgique explique que les créateurs de Triodos ont étudié la meilleure forme juridique pour développer une banque éthique (au sens de transparente et au service de certaines valeurs). Le modèle coopératif était le plus courant, mais ils ont conclu que le meilleur modèle pour atteindre une taille importante, permettant de ne pas simplement être un acteur marginal mais d’avoir un vrai pouvoir de changer la société, était la société anonyme, l’argument principal étant la capacité à lever du capital massivement.

La finance éthique concrètement, ce sont des débats sur ce qu’est une bonne société

Un autre exemple illustre un des aspects les plus intéressants de la finance éthique. Une fois que l’on entre dans une démarche éthique, en défendant des valeurs, il faut pouvoir le mettre en pratique dans la réalité en finançant des projets qui y correspondent. Olivier Marquet parle de l’alcool, en expliquant que les hollandais souhaitaient interdire les brasseries des fonds d’investissement socialement responsable (ISR), car l’alcool est à bannir. Les belges ont eux rétorqué que les brasseries faisaient partie de la culture belge, et que de nombreuses petites brasseries belges avaient besoin de leurs financements, et qu’ils souhaitaient le faire. Finalement, les brasseurs ne sont pas exclus des fonds ISR s’ils n’ont pas de politique de communication agressive envers les jeunes.

L’ISR chez Triodos

Triodos a une quinzaine de salariés travaillant sur la notation extra-financière des 1 600 plus grandes cotations boursières mondiales. Leurs critères sont en général plus sévères que d’autres agences selon Olivier Marquet.

  • Fait intéressant, Triodos vend à d’autres banques ses listes d’entreprises responsables et irresponsables pour qu’elles proposent elles-aussi des fonds ISR.
  • Autre fait intéressant, et j’espère aussi y revenir dans un article sur l’engagement actionnarial, Triodos engage un dialogue avec les entreprises qu’elle note, celles-ci demandant comment elles peuvent s’améliorer afin de rentrer dans les actions éligibles à l’ISR.
    • exemple concret : il y a 7-8 ans, Triodos avait sélectionné Pepsi mais pas Coca-Cola dans les actions éligibles à l’ISR. Coca-Cola a appelé en demandant pourquoi, et s’est vu répondre que Pepsi avait arrêté d’utiliser du fréon (gaz toxique) dans les distributeurs de boisson. Coca-Cola aurait arrêté l’utilisation du fréon juste après.

Olivier Marquet explique par ailleurs que les investissements ISR (en actions côtées) ont une performance similaire aux actions « non-responsables ».

Triodos se cantonne aux métiers de base du banquier mais innove énormément

L’innovation en banque n’est donc pas nécessairement synonyme de produits dérivés et de formules mathématiques complexes, ou bien d’ordinateurs puissants permettant du trading haute-fréquence, mais de réponses à des enjeux de société:

  • 1990 : Lancement d’un Fonds commun de placement (FCP) pour la transition de l’agriculture vers le modèle biologique.

La densité aux Pays-Bas étant très forte, le modèle intensif avec épandage de pesticides nuisait directement aux habitants proches des champs. L’Etat ne pouvant pas financer les coûts de reconversion, Triodos a proposé de créer un FCP recueillant les investissements de particuliers, et prêtant aux agriculteurs en conversion. L’Etat ne payait qu’une fraction des sommes envisagées via un avantage fiscal pour les investisseurs et une bonification des prêts.

  • 1995 : Fonds de micro-finance
  • 2004 : Fonds immobiliers consacré aux bâtiments de bureau passifs ou à faible consommation
  • 2006 : FCP pour la rénovation des musées nationaux

Des prises de positions importantes

Triodos milite pour la séparation des banques de dépôts et des banques d’investissements, et tient un discours très original aux régulateurs : méfiez-vous des banquiers, ils veulent de l’auto-régulation mais si vous les laissez ils referont pareil! Triodos Belgique ne fait pas partie de l’association des banques belges par exemple.

Un autre élément de l’entretien avec Olivier Marquet m’a interpellé. Il y explique que selon les pays, Triodos ne finance pas la même part de projets écologiques, sociaux ou culturels. Par exemple, en Belgique, Triodos ne finance quasiment que des projets écologiques, car l’économie sociale est déjà bien servie par d’autres acteurs et qu’ils ne souhaitent pas leur faire concurrence. Au-delà de la possibilité d’un effet d’affichage, ou du fait que Triodos ne serait de toute façon pas compétitif, cela peut nous faire penser au développement des banquiers mutualistes ou coopératifs français dans le secteur de l’assurance (ou vice-versa), alors que des acteurs coopératifs et/ou mutualistes – participant donc en théorie à l’économie sociale et solidaire – sont présents de longue date. (Un point souligné par M. Abhervé et P. Dubois). Reste l’argument que cette concurrence accrue peut stimuler la concurrence et donc faire baisser les tarifs pour les sociétaires-usagers, argument évidemment recevable mais à relativiser dans un domaine où la coopération et la solidarité sont censées régner.

Par contre, étonnamment, la problématique des paradis fiscaux ne semble pas intéresser Triodos.

Une situation financière originale : liquidités abondantes, retour sur investissement limité mais stable

Triodos, dispose de critères de sélection des projets sévères et d’une politique de risque restrictive liée à la taille et la jeunesse de la banque. Cela implique un décalage structurel entre les ressources collectées (dépôts des particuliers) et le montant utilisé (les prêts débloqués). La banque ne se finance donc pas sur les marchés financiers et dispose d’une grande autonomie.

Par ailleurs, les dividendes sont limités à environ 5% de la valeur du certificat d’action, contre une attente située plutôt autour de 10% pour le secteur bancaire, afin de conserver les moyens de croître à un rythme rapide (objectifs de 20% par an). Toutefois, Olivier Marquet souligne que sur le long terme, le retour sur investissement n’est sans doute pas si éloigné, si on prend en compte l’effet de la crise. La chute des cours a compensé les importants dividendes reçus.

Liens avec la Nef

Lors de mon article sur la Nef, je parlais de la volonté de la Nef d’obtenir l’agrément bancaire. Une des possibilités offertes à la Nef était de devenir intermédiaire en opérations bancaires pour le compte de Triodos en France, afin d’agir comme une banque. Mais finalement l’option retenue a été de créer une Banque Ethique Européenne avec d’autres coopératives.

Triodos a annoncé son lancement en France en 2013 : les financements semblent pour l’instant limités aux grands projets (au-delà de 500 000 €). C’est donc une excellente nouvelle pour la finance éthique et les secteurs qu’elle finance principalement (énergies renouvelables, Economie Sociale et Solidaire, secteurs culturel et social, etc.)

Article basé sur le compte-rendu de l’intervention d’Olivier Marquet, directeur général de Triodos Belgique, lors du séminaire Roland Vaxelaire de la Majeure Alternative Management d’HEC, le 2/02/2011, et de la fiche sur Triodos transmise par la Nef

[La première version de cet article a été originellement publié le 25/02/2012 sur financeethique.blogspot.com]

La finance éthique concrètement : rejoindre la Nef, une banque éthique

L’expérience de la Cigales est très enrichissante, mais il faut bien avouer qu’elle est restreinte. Le capital-risque, c’est…risqué. Pas question de mettre toutes ses économies là-dedans. Où mettre le reste de son argent? Et sans même penser à son épargne, quelle banque choisir lorsque l’on est dans une démarche éthique?

En continuant mes recherches, je découvre la société financière de la Nef (Nef pour Nouvelle Economie Fraternelle). Les premiers principes de la finance éthique que j’identifie chez les Cigales (transparence, argent au service de ses valeurs et participation aux décisions) s’appliquent ici aussi.

Pour la transparence, la Nef fait simple et efficace. Elle publie chaque mois (dans une revue en ligne dédiée aux sociétaires qui demandent à la recevoir, « Correspondances ») et chaque année (dans un document disponible sur simple demande) la liste des prêts qu’elle a effectuée. Voici un exemple, avec les informations précises enlevées par mes soins.

A l’inverse des autres banques, je sais exactement où va mon argent. On évite l’effet « boîte noire » des institutions financières classiques, où le déposant met son argent dans des boîtes (compte chèque, livret d’épargne, etc.) sans savoir où il circule ni à quoi il sert.

Concernant les valeurs, il est plus simple de citer ce passage du site internet : « La Nef sélectionne les projets qu’elle finance en fonction de leur utilité écologique, sociale et/ou culturelle. Elle privilégie des initiatives qui visent le développement local de l’économie et choisit délibérément de n’encourager aucune action qui nuirait à la personne ou à l’environnement ».

Enfin, la Nef est une coopérative. Le principe « un homme égale une voix » (et non une action égale une voix) est donc appliqué, ce qui permet de participer à la gouvernance de la banque et d’être écouté par les dirigeants de la banque. C’est à mon sens le troisième principe de la finance éthique : la politique de l’argent, c’est à dire la participation aux décisions, la co-construction de l’outil financier qui manipule les flux d’argent.

Je reviendrai plus longuement sur cette participation à la gouvernance, mais j’en donne une illustration concrète. Chaque mois, le Groupe Local Ile de France, formé par les sociétaires intéressés par la participation à la gouvernance de la banque, se réunit. En ce moment [février 2012], on prépare :

  • le « séminaire de vie coopérative », qui nous permet de rencontrer au siège de la Nef les salariés, les dirigeants de la coopérative, et les autres sociétaires engagés, pendant 2 jours et demi. Un peu comme si un client de BNP Paribas intéressé par sa banque allait discuter avec Baudouin Prot, son Directeur Général.
  • notre contribution au plan d’entreprise à 3 ans. Un peu comme si ce même client de BNPP donnait son avis à Baudouin Prot sur le plan stratégique. Cela implique évidemment un élément essentiel, la compétence des sociétaires pour donner leur avis. D’où le travail d‘éducation populaire de la Nef et des sociétaires issus du monde bancaire pour expliquer à tous les autres comment la banque fonctionne, ses contraintes, ses marges de manoeuvre, ses options. Ceci passe notamment par des assemblées locales avant l’assemblée générale annuelle, des articles dans le vif-argent, et les compte-rendu des assemblées générales ou des groupes de travail, disponibles sur demande. Une manière de répondre concrètement à ceux qui pensent que la finance et l’économie c’est « trop complexe » pour les citoyens.

Pour être tout à fait précis sur le côté technique, la Nef est une société coopérative financière disposant d’un agrément pour effectuer des crédits d’une durée supérieure à 2 ans. Pour toute les opérations de banque au quotidien, elle a passé une convention avec le Crédit Coopératif, qui met à disposition ses agences et ses produits (Chéquiers, Carte Bleue, service bancaires par téléphone et internet, etc.) pour les clients de La Nef. Il est donc possible dès aujourd’hui d’accéder à une véritable alternative bancaire. Pour ceux qui critiquent les banques actuelles en leur laissant pourtant leur argent, le changement est donc possible!

Enfin, la Nef cherche à disposer d’un agrément bancaire de plein exercice, pour être autonome. Depuis plusieurs années, elle discute avec des coopératives de finance partageant les mêmes valeurs pour créer une Banque Ethique Européenne.

Depuis peu, les choses s’accélèrent, avec notamment l’annonce que la Nef devrait pouvoir offrir en toute autonomie l’ensemble des services bancaires (compte-chèques, cartes bleues, etc.) à partir de 2015

Alors, tentés ?

[La première version de cet article a été originellement publié le 13/02/2012 sur financeethique.blogspot.com]