Finance participative et finance éthique : Analyses et propositions

La finance participative : introduction et définition d’une révolution financière

Les montants levés via des plateformes de finance participative font plus que doubler chaque année depuis 2013 au niveau européen, passant de 487 millions d’euros (m€) en 2012 à 2 957 m€ en 2014, soit une croissance annuelle moyenne de 146% depuis 2 ans – Wardrop, Zhang, Rau et Gray, (2015). Goldman Sachs estime qu’environ 11 Milliards d’euros, soit 7% des profits annuels des banques des Etats-Unis, pourraient être en danger face aux conséquences de la désintermédiation bancaire dans les 5 ans à venir. (Goldman Sachs, 2015).

Une innovation majeure dans le monde de la finance est donc à l’œuvre. Nous proposons dans cet article, après une brève introduction, de montrer en quoi elle peut améliorer fondamentalement la prise de conscience des enjeux éthiques dans la finance, préciser ses limites (internes ou externes à la finance participative), et enfin proposer des préconisations afin de dépasser ces limites actuelles et améliorer l’impact de cette innovation.

Définissons d’abord la finance participative : selon l’association Financement Participatif France, « c’est un mécanisme de financement, via internet, de projets d’innovation et de création permettant de collecter les apports financiers d’un grand nombre d’épargnants. Ce modèle, qui se caractérise fondamentalement par la possibilité pour l’épargnant de choisir la destination finale de son épargne, finance tous les domaines de la création ».

Il concerne trois formes d’argent :

  • le don
  • le prêt
  • le capital (fonds propres d’une entreprise).

Dans cet article, nous nous concentrerons sur le prêt : le don n’est pas de la finance à proprement parler, et l’investissement en capital peut être traité, tant dans ses apports que ses limites, majoritairement à partir du cas du prêt.

La finance participative peut être qualifiée de révolution à partir de 4 caractéristiques la différenciant fondamentalement des institutions financières existantes :

  • Un accès facilité et agrandi à des opportunités de donner, prêter ou investir : le coût en temps et en argent pour identifier des projets et des personnes à financer, exécuter l’opération et la suivre est fortement diminué.
  • Une transparence sur l’identité des personnes (physiques ou morales) recevant l’argent, contrairement aux intermédiaires financiers qui ne communiquent quasiment jamais sur ce qu’ils font de l’argent déposé sur leurs comptes, hormis les banques éthiques (en particulier la Nef en France, Triodos en Hollande et dans plusieurs pays d’Europe, Banca Popolare Etica en Italie, membres de la FEBEA – Fédération Européenne des Banques Ethiques et Alternatives – voir plus loin)
  • la possibilité de choisir précisément, pour les épargnants, à qui on donne, prête ou investit son argent.
  • Dans le prêt ou l’investissement, l’absence d’intermédiaire traditionnel, le plus souvent bancaire, dans le processus. Nous reviendrons sur la pertinence de conserver ou non cette caractéristique mise en avant par les acteurs de la finance participative.

1      Les enjeux et les apports de la finance participative à l’éthique dans la finance

 

Dans l’activité de prêt, la finance participative propose aux particuliers de financer des projets bien précis, caractérisés par une description des objectifs (quel est mon projet, à quoi servira l’argent récolté, etc.), alors que la finance classique propose en majorité des produits définis par des caractéristiques financières (rendement, risque, liquidité, etc.). Par conséquent, elle apporte un changement majeur qui sert la promotion de l’éthique dans la finance. Elle réintroduit en effet la finalité dans l’acte financier : l’argent est revu comme un moyen de réaliser des projets, et non comme un but en soi, qu’il faut faire fructifier, quelque soit le moyen utilisé. Un produit financier classique, défini uniquement par des caractéristiques financières, masque toute idée de finalité. Il se fonde sur l’idée qu’au bout du compte, ce que la banque fait de l’argent de l’épargnant n’est pas importante, du moment que les promesses financières dans le contrat sont respectées. Ainsi, personne ne cherche à savoir si l’argent de son livret d’épargne a servi à financer le régime soudanais sous embargo (ex : cas BNP Paribas jugé en juin 2014) ou le financement d’installations d’énergies renouvelables. A l’inverse, en voyant à quoi peut servir son argent, l’épargnant peut exercer sa responsabilité et son jugement éthique sur son acte financier.

 

 

Ainsi, le principe même de la finance participative l’incite à se poser des questions, à prendre conscience que tout acte financier met en jeu son éthique personnelle. La finance participative rend le contrôle du choix à l’individu et non des institutions sur la base de processus normalisés (même si le jugement humain peut rentrer en ligne de compte dans ces processus). Or l’éthique a à voir avec un jugement humain (qui est évidemment construit avec des jugements et des normes collectifs, comme la morale), et aucune institution ou processus ne peut être éthique en lui-même ou par définition. Ce n’est qu’en remettant la personne comme décisionnaire que l’on peut réintroduire l’éthique dans la finance : c’est un des acquis majeurs de la finance participative.

 

Cette caractéristique a des conséquences au-delà du secteur de la finance participative : elle crée une dynamique sur l’ensemble du secteur financier traditionnel.

Ainsi, elle permet de légitimer la démarche des banques éthiques sur la nécessité d’augmenter la transparence et la traçabilité de ce qui est financé. En effet, en Europe, plusieurs banques publient tous les prêts qu’elles accordent (Triodos, la Nef, Banca Etica, etc) et permettent ainsi d’offrir une transparence totale aux épargnants. En permettant de savoir à quoi est consacré l’argent, elles permettent à chaque épargnant de se rendre compte que leur argent déposé n’est pas sans conséquences pour la société, l’environnement et de manière générale le monde dans lequel nous vivons. Un placement n’est pas un simple couple rendement-risque (un taux plus élevé allant en général avec un risque plus élevé). Ce rendement est issu d’investissements dans des entreprises, des projets, qui ont eux-mêmes des impacts économiques, sociaux et environnementaux tangibles.

 

La finance participative légitime également l’idée de fléchage de son épargne vers ce que l’on souhaite financer. Les banques éthiques permettent également depuis leurs créations de flécher son épargne. La Nef propose par exemple d’exprimer son choix parmi 3 domaines : environnement, social ou culturel. Mais cela reste une possibilité et non une obligation : elles essayent de remplir au mieux ces souhaits. La finance participative permet elle ce fléchage par construction.

 

Pour les banques non éthiques, nous pouvons détecter des changements de comportement, avec le développement de produits d‘épargne liés à une destination, principalement géographique, et donc un début de fléchage et de traçabilité. De nombreuses banques coopératives françaises ont récemment créé des livrets d’épargne dont l’argument de vente est qu’ils ne financent que des prêts dans la région de l’épargnant.

 

Par extension, la finance participative est un outil pédagogique extraordinaire : n’importe qui peut expliquer aux plus jeunes mais aussi à ceux qui souhaitent mieux comprendre le système financier que la finance consiste à transmettre les moyens de réaliser des projets, de ceux qui détiennent les fonds vers ceux qui en ont besoin, et que tout prêt et tout placement a des conséquences décisives sur le monde dans lequel nous vivons.

 

De manière plus générale, la finance participative permet de faire apparaître en creux le fonctionnement des banques, générer des questions légitimes et favoriser la prise de conscience des conséquences éthiques de la finance.

 

Les institutions financières ont ainsi le pouvoir de façonner le monde à leur guise, selon leurs critères, avec les conséquences sociales et environnementales qui vont avec. Est-il légitime que ce soit ces institutions qui décident de ce qui doit être construit ou réalisé dans le monde ?

 

Nous pouvons en particulier nous interroger sur le fait que ces institutions, à l’échelle mondiale, sont majoritairement des sociétés anonymes détenues par des actionnaires. En étudiant le classement The Banker des plus grandes banques mondiales, nous notons ainsi JP Morgan Chase, Bank of America, HSBC dans le top 5, et le reste du classement est également marqué par un actionnariat majoritairement ou totalement privé (à l’exception de la Chine, marquée par des grandes banques publiques, et de la France, où les banques coopératives, détenues par des sociétaires dont le vote n’est pas lié au nombre d’actions détenues – un homme = une voix – sont majoritaires avec les deux tiers du marché environ en Produit Net Bancaire). Selon les rapports annuels des principales banques, leur objectif est donc le plus souvent de maximiser leurs dividendes, de se développer, de croître. Nous confions donc le choix de ce qui doit être fait dans le monde à des acteurs qui ont pour but de maximiser leurs profits.

 

Cette interrogation revêt deux sous-questions : celui de l’usage de l’argent des déposants, l’épargne préalablement accumulée, mais également la création monétaire, c’est-à-dire les dépôts créés par les banques à l’occasion de l’octroi d’un crédit. La Banque d’Angleterre, qui a publié un bulletin sur la création monétaire au premier trimestre 2014 (Bank of England, Q1 2014), explique ainsi que la monnaie est aujourd’hui principalement créée par les banques commerciales sous forme de dépôts bancaires lorsqu’elles accordent un crédit. Bien évidemment, des contraintes (rentabilité, règlementation, politique monétaire de la banque centrale – notamment le taux d’intérêt) empêchent les banques de pouvoir créer à l’infini de la monnaie, à leur bon vouloir. Il n’en reste pas moins que ce pouvoir de décider quels projets seront réalisés, si l’on financera par exemple une centrale éolienne ou une centrale à charbon, est confié à des institutions privées, dans une sorte de délégation de service public (les banques centrales donnent un agrément aux banques pour qu’elles puissent faire du crédit, et acceptent de refinancer les dettes créées par ces mêmes banques). Ce débat, fondamental pour l’éthique dans la finance, peut ainsi être amené par la finance participative de manière pédagogique. En revanche, la finance participative ne peut y jouer un rôle, par définition, puisque la création monétaire découle d’une décision prise par un acteur agréé et contrôlé, et ne pourrait être le fait d’une foule « votant » de manière décentralisée et non coordonnée comme actuellement sur les plateformes avec une épargne préalablement accumulée. On peut néanmoins imaginer un fonctionnement hybride, avec l’arrivée de banques comme investisseurs sur les plateformes ou de plateformes détenues par des banques, qui prêteraient via ces plateformes (voir notre partie préconisations). La création monétaire resterait un monopole bancaire mais concernerait alors les projets des plateformes. Ainsi, Groupama a récemment signé avec Unilend un engagement d’investir 100m€ sur 4 ans : on peut imaginer que Groupama Banque intervienne en direct prochainement par exemple.

 

2      Les limites de la finance participative

Ces limites peuvent être classées en 3 catégories :

  • 2 macro-limites, externes à la finance participative : création monétaire et inégalités de patrimoine
  • Une limite liée à la finance éthique, qui n’épargne pas la finance participative : comment définir un projet éthique ou socialement responsable?
  • Les limites internes, propres à la finance participative : nous avons identifié 6 points d’attention

2.1    Les macro-limites : création monétaire et inégalités de patrimoine

La première concerne le pouvoir de création monétaire des banques, comme nous l’avons vu ci-dessus. La finance participative ne concerne que l’épargne préalablement accumulée par des personnes physiques ou morales, et non l’octroi de crédit par les banques, qui en ont le monopole. Cette limite est très forte, car elle place la finance participative en tant qu’outil secondaire par rapport aux banques. Nous étudierons plus bas leur possible articulation.

La seconde limite externe fondamentale est celle de l’inégalité de richesse. Elle s’applique à la fois au don, au prêt et à l‘investissement. La finance participative est en effet le règne de la ploutocratie : celui qui choisit est celui qui est le plus riche. Les entrepreneurs qui souhaitent produire leur œuvre ne dépendent pas du nombre ou de la qualité des prêteurs et de leurs avis, de l’élaboration de leur jugement éthique, mais de leur capacité contributive. Bien entendu, il est tout à fait possible d’imaginer que pour des montants modestes,  la réunion de nombreuses petites contributions permette la concrétisation d’un projet. Mais cela ne peut être, statistiquement, que l’exception. Ce sont les personnes aisées qui peuvent financer ces projets, tout simplement parce qu’ils ont plus de ressources financières. Un bref rappel est ici important concernant la part de patrimoine détenue par chaque décile  (10% de la population). Le cas de la France peut être répété avec des résultats similaires ou encore plus concentrés dans la plupart des pays du monde :

article FP FE inégalités

Source : INSEE, Enquête Patrimoine 2010

20% de la population détient 65% du patrimoine, alors que 40% n’en détient que 2%. On ne peut se cacher les conséquences massives des inégalités de richesses sur ce phénomène de la finance participative. Les promesses de « démocratisation » de la finance à travers la finance participative, souvent promues par les plateformes elles-mêmes, doivent être regardées avec prudence voir suspicion. Si la finance participative a sans aucun doute un impact majeur pour favoriser la prise en compte de l‘éthique dans la finance, il ne faudrait pas qu’elle tombe dans une attitude non éthique en réalisant une publicité mensongère. Nous proposons des pistes d’amélioration plus bas.

2.2    Une limite liée à la finance éthique, qui n’épargne pas la finance participative : comment définir un projet éthique ou socialement responsable?

 

Une difficulté supplémentaire intervient lorsque nous avons pris conscience de la portée éthique de tout acte financier. En effet, cette prise de conscience débouche sur une volonté de réaliser un jugement. Mais comment alimenter et structurer ce jugement, quelles sont les bonnes informations pour faire un jugement éclairé et comment les trouver ? Nous retrouvons ici un questionnement qui n’est pas propre à la finance participative, puisqu’il est valable pour tout acte financier, mais qui conditionne l’apport de la finance participative à la meilleure prise en compte de l’éthique dans la finance. Nous n’allons donc pas le détailler mais nous nous devons de le mentionner.

En effet, la finance participative permet de prendre une décision éthique, en choisissant d’accorder son crédit à un projet, en envisageant les conséquences qu’il aura, et sa conformité avec les valeurs du prêteur. On peut alors reprendre 2 grandes théories de l’éthique : la déontologique, qui juge en fonction de principes moraux ; la conséquentialiste, qui juge les actions morales sur leurs résultats, peu importe l’intention et les principes de la personne (dans notre cas, le jugement a priori peut alors porter sur des probabilités de conséquences). La présentation des projets sur une plateforme doit pouvoir répondre à la première approche. Durant la campagne de levée de fonds, les porteurs de projets animent en général leur page de levée de fonds, réalisent de nombreuses actions de communication, ce qui peut faciliter la connaissance de leurs intentions et de leurs principes.

 

Toutefois, cette recherche d’information est coûteuse. La finance éthique nécessite plus de temps qu’un simple benchmark de taux entre livrets d’épargne, et cela par construction : c’est un engagement. Nous pouvons ajouter qu’il existe toujours la possibilité d’être trompé.

 

D’autre part, cette approche ne prend pas en compte les conséquences du financement de tel ou tel projet : cela constitue une des principales critiques des conséquentialistes vis-à-vis des déontologues (si l’on peut schématiser ce débat philosophique complexe ainsi). A ce titre, la présence d’outils d’évaluation d’impacts, notamment socio-environnementaux, peut permettre d’éclairer la décision. Comprendre le nombre d’emplois créés ou les tonnes de CO2 évitées est très utile pour se faire une idée du projet, au-delà de sa présentation initiale. C’est aussi un élément important pour comparer plusieurs projets entre eux, si l’on souhaite par exemple maximiser l’impact d’un financement donné (comment créer le plus d’emplois avec 1 000€ de prêt? Comment éviter le plus de tonnes d’émissions de CO2 avec 500 € de capital ?). Il s’agit clairement d’un axe de travail important pour les plateformes afin d’éclairer les choix éthiques des épargnants.

 

Nous pouvons même, si l’on suit certains auteurs (Gollier, 2009), chercher une comparabilité totale de tous les projets, avec un indicateur unique, monétaire. En donnant un prix à la vie humaine, comme on peut le faire chez des assureurs, en donnant un prix à la tonne de CO2, et à tout ce qui peut être nécessaire d’entrer en compte dans le calcul, on peut calculer une valeur monétaire du projet qui permet une comparaison facile et même automatique. Cette approche peut également être utile dans le suivi des projets, en permettant de constituer un historique et une vérification a posteriori, permettant de crédibiliser les porteurs de projets et les plateformes, comme les scores de réputations se sont développés sur les sites tels ebay.

 

Cette approche est donc très séduisante, néanmoins il présente plusieurs défauts majeurs dont nous ne pouvons livrer ici que 2 exemples : l’estimation implique de choisir un taux d’actualisation de la valeur financière du projet dans les années futures, pour prendre en compte l’inflation et surtout les coûts d’opportunité. A 3%, 100€ dans 20 ans équivalent à 55€ : nous pouvons donc largement minorer les conséquences futures de nos actes actuels, ce qui a de grandes conséquences pour un jugement éthique, qui se préoccupe notamment du long terme. Deuxièmement, le calcul exclut des considérations morales et éthiques qui ne sont justement pas commensurables, parce qu’elles peuvent toucher à l’irréversibilité par exemple (quelle est la valeur de ne plus pouvoir vivre à Fukushima?)

 

Ces approches ont des avantages et des défauts et ne sont pas exclusifs. Il nous semble qu’il s’agit d’un débat essentiel à faire progresser pour que la finance éthique puisse tirer de la finance participative tout son potentiel.

 

2.3    Les limites internes, propres à la finance participative : 6 points d’attention

 

Premièrement, la finance participative est un outil qui peut être utilisé à d’autres fins que la vision éthique que nous avons développé ici. Il n’y a pas d’automaticité entre participatif et éthique. En effet, les caractéristiques financières sont également présentes dans la finance participative, elles ne sont pas supprimées. Il n’y a donc pas substitution pure et simple de la finalité du projet aux caractéristiques financières du produit. Il faut donc dire qu’avec la finance participative, on regarde aussi les éléments financiers, et ne pas avoir une vision naïve d’un choix éthique « pur ».

 

Surtout, certaines plateformes ont rapidement considéré le marché de la finance participative comme un simple actif de plus, au couple rendement risque plus avantageux que d’autres. Elles ont donc, comme Zopa au Royaume-Uni, proposé des produits plutôt que des projets. L’épargnant investit dans un groupe de prêts individuels, qui sont regroupés sur la base d’un scoring et d’une maturité semblable, après une analyse de risque de la plateforme (nous verrons plus loin le problème de la gestion du risque lié à ce mécanisme). La transparence apportée est vue comme marginale, et le choix de l’épargnant est totalement annexe. Nous devons donc ici souligner que la perspective éthique réside dans la volonté de chaque personne de réfléchir et juger de manière éthique. Les initiatives comme la finance participative peuvent aider à sensibiliser, éduquer les personnes, mais elles ne feront pas le choix ni la réflexion pour elles. Plus grave, il faudra faire en sorte que des mauvaises pratiques de certaines plateformes purement commerciales n’entravent pas le développement de ce secteur très prometteur pour la finance éthique.

 

Ensuite, le modèle de gestion du risque des plateformes est un sujet de préoccupation. En effet, les banques opèrent une diversification du risque, sur lequel elles ont beaucoup plus de prise que les épargnants. Une banque, par ses obligations règlementaires mais aussi en application de principes de bon sens, ne « met pas tous ses œufs dans le même panier ». Elle a à disposition des milliers de possibilités d’investissements et ainsi une possibilité de diversifier ses risques de manière beaucoup plus fine et efficace qu’un épargnant individuel. Les plateformes conseillent en général de diversifier leurs placements, mais cela ne peut être suffisant par rapport aux banques : les ordres de grandeur ne sont pas les mêmes.  De manière générale, les produits actuels de finance participative sont plus risqués qu’un livret bancaire : celui-ci n’est pas lié à un projet mais à une institution fortement régulée, qui a accès à des possibilités de financement à court-terme, donc des placements très liquides, mais également très solides (ex : dettes souveraines bien notées).

 

L’autre aspect de gestion du risque concerne les asymétries d’information, qui conduisent aux phénomènes d’anti-sélection et d’aléa moral, d’après un manuel de référence (Mishkin, 2013). L’emprunteur peut par exemple utiliser les fonds pour autre chose que ce qu’il avait promis, ou ne pas dévoiler toutes les informations qu’il devrait. Les intermédiaires financiers ont donc pour tâche la réduction de l’asymétrie d’information. Ils s’appuient sur la relation qu’ils ont avec leur client, ainsi que des analyses statistiques afin de prédire ce risque. Ce travail est beaucoup plus compliqué voire impossible pour un particulier. Il s’agit d’un enjeu important pour les plateformes, sur lequel on manque encore de recul pour juger de leur capacité. Toutefois leur absence de relation de long-terme avec les emprunteurs (gestion au quotidien des flux par exemple) est de nature à fragiliser leur position par rapport aux banques.

 

La cinquième limite interne est celle de la structure d’incitations des acteurs de la finance participative : ils sont payés par les porteurs de projets, comme les agences de notation, et ne prennent pas de risque elles-mêmes, comme le modèle « originate to distribute » qui a facilité la crise des subprime (octroyer un prêt pour le revendre à un investisseur, supprimant l’incitation à bien analyser le risque puisqu’on ne le porte plus).

  • Les plateformes mettent d’ailleurs en avant le fait que les contrats sont entre les parties en présence mais pas avec elles. Elles cherchent à rassurer les épargnants en mettant en avant leur équipe d’analyse de risque, mais comme elles n’investissent pas avec l’épargnant, elles ne supportent aucun risque.
  • Le fait d’être payé par les emprunteurs est aussi problématique pour les épargnants. Bien sûr, de tels agissements peuvent nuire à la réputation, un actif précieux, mais comme l’ont montré les différentes crises bancaires, dont la dernière, ce n’est pas un argument suffisant face aux profits.

 

Enfin, nous pouvons envisager la question de la « fatigue décisionnelle » : a-t-on vraiment envie de choisir tout le temps à quoi sert son argent ? N’a-t-on pas envie de faire confiance à des intermédiaires, en ayant la possibilité de les contrôler? La finance éthique, nous l’avons vu, est coûteuse en temps et en énergie, car il faut chercher et trouver les informations pertinentes puis juger. On ne peut donc pas demander à tout un chacun de choisir systématiquement les projets qu’il souhaite financer. Les banques éthiques, en exposant leurs critères de choix et en publiant l’intégralité de leurs prêts, permettent cette « délégation en confiance », puisqu’on peut contrôler l’usage de cette délégation.

 

3      Préconisations et perspectives pour améliorer l’apport de la finance participative dans l’éthique de la finance

 

Nous allons ici esquisser des préconisations face aux limites que nous avons soulignées, afin d’améliorer l’impact positif que peut avoir la finance participative sur le développement de la prise de conscience éthique dans le monde de la finance.

 

Tout d’abord, concernant les limites externes (limite de la création monétaire et des inégalités de patrimoine), il s’agit de débats politiques et économiques plus larges qu’il faut encourager mais que l’on ne peut traiter ici. Cela nous apprend que pour développer la prise de conscience des enjeux éthiques de la finance, il faut regarder l’ensemble de la société et pas seulement les pratiques financières.

 

Concernant les inégalités nous pouvons néanmoins imaginer une action innovante et correctrice. Ainsi, des plateformes pourraient proposer des fonds d’abondement qui seraient utilisés par des personnes n’ayant pas suffisamment d’épargne pour « voter avec leur argent ». Par exemple, 1% des frais payés par les emprunteurs serait versé dans ce fond, et chaque projet contiendrait une barre de votes. Le projet recevant le plus de votes sur une période d’un mois obtiendrait un montant prédéterminé, apporté par le fond. On pourrait ainsi intéresser une partie importante de la population aujourd’hui exclue de la finance participative (il restera notamment les personnes ne disposant pas d’Internet) et permettre une éducation à la finance et à ses enjeux éthiques grâce à la finance participative. Nous effectuons une autre proposition pour la démocratisation de la finance participative plus bas, en lien avec la structure des incitations.

 

Ensuite, nous préconisons d’enrichir les plateformes d’outils pour évaluer et suivre les impacts des projets, afin de compléter la logique déontologique déjà présente (dans la présentation des projets) par une logique conséquentialiste.

 

Concernant les limites internes, nous voyons une solution dans la convergence entre la finance participative et les banques éthiques. Elles sont légitimes sur le sujet et ont les caractéristiques des banques pour gérer les limites indiquées.

  • Face à l’utilisation de la finance participative dans une démarche purement commerciale ne se préoccupant pas des enjeux éthiques, les banques éthiques pourraient être des références du secteur et utiliser ce nouvel outil à la hauteur de son potentiel de prise de conscience
  • Comme banques, elles répondent aux limites des plateformes de finance participative en termes de diversification, de gestion des asymétries d’information, et de gestion de la fatigue décisionnelle. Leur activité actuelle est en effet de choisir pour leurs épargnants les projets puis de leur faire un reporting transparent de ce qu’elles ont fait avec leur argent. Sous forme coopérative, elles permettent même de s’impliquer pour réagir et améliorer leur démarche.

 

Concernant la structure d’incitation, nous pouvons imaginer de nouveaux type de plateformes où la banque porte au moins une partie du risque afin d’éviter les écueils décrits ci-dessus.

  • A minima,  la banque (ou la plateforme) pourrait systématiquement prêter ou investir dans les projets un certain pourcentage de la levée demandée, afin de mieux aligner les intérêts de la plateforme avec ceux des épargnants. L’expérience de la plateforme « Prêt de chez moi » est à cet égard intéressante. Cette plateforme créée par la banque éthique « La Nef » en France ne crée pas de reconnaissance de dette entre épargnant et emprunteur mais un compte à terme pour l’épargnant, correspondant à la durée du contrat de prêt signé entre la banque et l’emprunteur. Ce compte à terme peut être nanti entre 25% et 75%, c’est-à-dire que l’épargnant peut perdre entre 25% et 75% de son épargne sur le projet. Symétriquement, la banque prend entre 25% et 75% du risque : les intérêts sont alignés.
  • Mais nous pouvons aller plus loin : la banque pourrait prendre la totalité du risque, l’épargnant n’ayant plus qu’à choisir le projet parmi ceux sélectionnés par la banque en sachant son épargne à l’abri. Cela permettrait notamment de démocratiser un peu plus la finance participative en lui enlevant le risque, ce qui la mettrait dans la catégorie des produits d’épargne traditionnels. En revanche, cela enlève une partie de l’intérêt de la finance participative en amoindrissant le lien avec l’emprunteur et la « communauté de destin », notamment le partage des risques, sur lequel la finance islamique insiste notamment. Pour autant, cela conserverait ses principales caractéristiques, l’accès facilité à des opportunités, la transparence et le choix.

 

4      Conclusion

La finance participative est donc un grand progrès pour le développement de l’éthique dans la finance et doit être encouragée. Elle facilite la prise de conscience du pouvoir des institutions financières et de la portée éthique de tout acte financier en permettant de « voir » où va son argent et les impacts qu’il génère. C’est un formidable outil pédagogique et concret qui peut être utilisé avec de nombreux publics.

 

Elle fait face à plusieurs limites importantes, et se positionne donc comme un complément de la finance intermédiée de manière traditionnelle par les banques. Son hybridation avec les banques, en particulier éthiques, constitue selon nous la voie la plus prometteuse pour exploiter son potentiel de prise de conscience des enjeux éthiques dans la finance. En outre, nous avons proposé plusieurs possibilités, dont certaines innovantes, pour lui permettre de surmonter certains obstacles actuels.

 

Bibliographie :

 

Wardrop R., Zhang B., Rau R. & Gray M. (2015) Moving Mainstream The European Alternative Finance Benchmarking Report ; lu sur http://www.jbs.cam.ac.uk/fileadmin/user_upload/research/centres/alternative-finance/downloads/2015-uk-alternative-finance-benchmarking-report.pdf

 

Goldman Sachs, 2015. “Goldman Sachs Study: ‘The Future of Finance. Part 1”, March 3rd 2015 lu sur http://www.ft.com/cms/s/0/bd0e1e4e-c274-11e4-bd9f-00144feab7de.html#axzz3XIdl7OhG

 

Bank of England (2014) McLeay M., Radia A. & Ryland T. (2014) Money creation in the modern Economy, Bank of England Q1 2014 lu sur http://www.bankofengland.co.uk/publications/Documents/quarterlybulletin/2014/qb14q1prereleasemoneycreation.pdf

 

Gollier C. (2009), Finance durable et investissement responsable, lu sur http://idei.fr/doc/by/gollier/fdir1.pdf

Mishkin, F. (2013). Monnaie, banque et marches financiers. Pearson ; adapté par Bordes, Lacoue-Labarthe, Leboisne, Poutineau

Revue de presse de février 2016

Réflexion sur un secteur :

Initiatives :

  • « Tant que nous ne parlerons pas de l’argent, notre argent restera où il se trouve: sur un livret d’épargne auprès d’une banque non éthique, dans la plupart des cas. »

 

 

 

 

Revue de presse de janvier 2016

Initiatives :

 

Réflexions :

 

  • Un compte rendu d’une conférence de Paul Dembinski, dont je vous propose un extrait
    • « Il faut cesser de vouloir développer une éthique de la finance (faisant de l’éthique une variable qui s’adapte à la finance prise comme une donnée) pour privilégier une finance éthique : l’éthique est la donnée.
    • Elle est, selon la définition de Paul Ricoeur, la visée d’une vie accomplie, avec et pour les autres, dans le cadre d’institutions justes. L’éthique doit donc être présente au niveau macro, méso, individuel ; elle n’est pas une réglementation : c’est un choix, une volonté.
    • Il faut donc agir sur les réglementations, résoudre la crise de surproduction (finalement classique) que connait la finance. Mais il faut réintroduire aussi cette notion de choix.
    • Agir sur l’enseignement et les savoirs, introduire l’épistémologie (complètement absente des nouvelles techniques financières), l’histoire, enseigner que les techniques financières sont élégantes mais pas absolues, restaurer le doute chez les étudiants.
    • Agir sur les cultures d’entreprise et reconnaître les conflits d’intérêt, la marge de liberté de chaque acteur, et qu’il doit donner un sens à ce qu’il fait (les Pays-Bas viennent d’introduire un serment obligatoire pour les financiers). Particulièrement dans la finance, il faut reconnaître un double dilemme derrière chaque décision : entre la performance économique et l’impact sur les tiers ; et entre la conformité de l’acte et la qualité de l’acte.
    • L’éthique est d’agir en pensant à ceux qui ne peuvent ni vous récompenser ni vous punir.

 

Régulation :

 

 

  • Une vision d’un membre du Collectif Roosevelt sur la régulation des banques :
    • Les institutions financières et les régulateurs croient maîtriser les risques parce qu’ils utilisent des modèles avec des chiffres, mais ces modèles ne sont pas pertinents, car les événements qu’ils essayent de suivre sont trop complexes. L’utilisation de chiffres dans les modèles de risque sert surtout à « donner le change » et l’impression qu’on maîtrise quelque chose.
    • Il faut revenir à des règles très simples qui prennent le problème à la racine et nous dispensent d’avoir à compliquer la régulation pour « faire semblant » : par exemple, exiger un ratio de fonds propres de 20% pour toutes les banques

Rapport de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) sur l’Investissement Socialement Responsable (ISR)

L’Autorité des Marchés Financiers a publié un court rapport sur l’ISR (lien vers la version surlignée par Axylia, pour une lecture plus facile), dont on peut retenir

  • L’ISR est un « concept polymorphe et évolutif parfois difficile à appréhender »
  • « Malgré des efforts importants, le cadre français ne permet pas toujours à l’investisseur d’identifier pleinement les produits en adéquation avec ses besoins. »
    • L’AMF déplore le manque d’information et la qualité insuffisante de ces informations
  • « Des classes d’actifs particulières qui posent parfois la question de leur compatibilité avec une approche socialement responsable »
    • Par exemple, les matières premières, posant la question de la spéculation sur l’alimentation
  • « Des techniques de gestion parfois controversées dans un environnement responsable »
    • Par exemple, l’utilisation de dérivés, de CDS, ou le prêt/emprunt de titre à d’autres fonds pour augmenter ses gains, avec parfois l’impossibilité de voter à l’assemblée générale car on a prêté le titre durant cette période.
  • Le risque de greenwashing, certains fonds ISR étant quasiment identiques à des fonds non ISR :
    • « il est parfois possible de constater de grandes similitudes entre un portefeuille géré selon une démarche ISR et un portefeuille classique non ISR de même classification, et l’on pourra s’interroger sur la portée différenciante de certaines gestions ISR. »
  • En synthèse, voici les éléments repris dans la doctrine de l’AMF :

synthese rapport AMF ISR

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Revue de presse de décembre 2015

COP 21 :

Régulation :

  • Le nouveau mécanisme européen de traitement des banques en difficulté pose des questions de responsabilité en cascade, après le suicide d’épargnants italiens ayant perdu une grande partie de leurs économies dans le « sauvetage » de leur banque
    • Suite à la crise financière, un mécanisme européen a été mis en place, prévoyant de limiter le sauvetage des banques par les contribuables.
    • Il prévoit de faire appel aux actionnaires et aux détenteurs d’obligations avant de solliciter les contribuables. Des épargnants ont ainsi perdu une large partie de leurs économies, poussant certains au suicide.
    • Mais de nombreux établissements ont placé leurs propres produits, actions ou parts sociales, auprès de leurs épargnants, sans toujours leur expliquer les risques qu’ils encouraient.
    • Le défaut de conseil récurrent dans de nombreuses banques quand il s’agit de placer leurs propres produits est ici à nouveau révélé (en France, le placement d’actions Natixis par les réseaux Banques Populaires et Caisse d’Epargne avait fait l’objet de nombreux procès)
    • En réaction, le premier ministre italien prévoit d’utiliser un fonds pour aider à leur tour ces épargnants, mais il contredit la logique même du mécanisme qui est de responsabiliser les actionnaires et détenteurs d’obligation pour qu’ils contrôlent davantage les banques et évitent de solliciter les Etats

Investissement Socialement Responsable :

  • Un appel d’investisseurs pour standardiser les obligations vertes :
    • Sans critères, loi ni label, n’importe qui peut déclarer que son obligation est « verte », alors que l’expression entend désigner des dettes « devant servir à financer des projets apportant un bénéfice environnemental ou social »
      • On note que l’intégration de « social » sous une expression « verte » apporte davantage de confusion…
      • Parmi ces critères possibles :
        • Faire mieux que la législation en vigueur
        • S’aligner sur l’accord de la COP 21
        • Être audité et avoir des processus garantissant que l’argent destiné à un projet vert, mais pouvant passer par une entreprise ayant également des activités non vertes, aille bien au projet en question
      • Toutefois, la standardisation et ces critères ne doivent pas imposer des contraintes trop lourdes sous peine de voir la plupart des émetteurs passer par des émissions classiques
      • « Le marché des green bonds a connu jusqu’à aujourd’hui une forte croissance. »
        • 3 milliards de dollars en 2011, 37 milliards en 2014, 40 milliards à novembre 2015

Finance Islamique :

Revue de presse de novembre 2015

Régulation :

  • Le résumé du rapport suite au sauvetage d’une des principales banques anglaises, Halifax Bank of Scotland :
    • Un régulateur qui ne joue pas son rôle précisément parce que tout semble bien se passer (la bulle génère des profits importants) et qui partage la vision des acteurs qu’il doit réguler (la dérégulation est bonne, un bon régulateur soutient les banques et ne les embête pas afin de soutenir la croissance)
    • Toutefois, si le régulateur a désormais plsu de pression de la part de l’opinion et a priori plus de pouvoir de régulation, la structure bancaire au Royaume-Uni reste la même :
      • Presque que des grandes banques détenues par des actionnaires recherchant un profit à court-terme (versus des banques plus petites, des coopératives, des acteurs publics, un écosystème plus divers permettant de limiter l’effet « monoculture »)
      • D’où deux questions :
        • sans changer la structure du système bancaire, peut-on attendre des résultats différents ?
        • Est-ce bien raisonnable de confier le système bancaire à des acteurs détenus par des investisseurs voulant un rendement à court-terme, et qui ne paieront pas (ou peu, la responsabilité étant par définition limitée aux apports) les conséquences de la crise ?

Investissement Socialement Responsable et Risque Carbone :

Financement du terrorisme :

Comportements :

Revue de presse d’octobre 2015

Finance Solidaire :

Climat et Finance :

ISR (Investissement Socialement Responsable ):

  • Le gouverneur de la Banque d’Angleterre pointe un risque gigantesque pour les investisseurs à cause du risque carbone :
    • Risques :
      • le risque physique lié aux catastrophes naturelles, impactant les assureurs mais aussi leurs assurés
      • risque de responsabilité (surcroît de poursuites contre les sociétés qui n’agiraient pas pour atténuer le changement climatique)
      • risque lié à la transition vers une économie plus sobre en carbone
        • Le « changement de valorisation des actifs financiers intensifs en carbone” pourraient les transformer en “actifs échoués” ou “stranded assets”.
      • Solutions proposées:
        • reporting climatique : communication par les entreprises de leur empreinte carbone et de leur stratégie bas-carbone
        • stress-tests climatiques
  • L’ISR reste encore méconnu (2/3 des français ne le connaissent pas)
    • Le Forum pour l’Investissement Responsable plaide pour que les réseaux bancaires le proposent plus souvent à leurs clients, et que ceux-ci l’exigent de leurs conseillers bancaire

Régulation :

Capital-investissement :

Revue de presse de septembre 2015

Finance et Religions :

Desinvestissement et l’Investissement Socialement Responsable :

Regulation :

 

Monnaie :

 

 

Revue de presse de l’été 2015 (juin-août)

Métiers de la Finance Ethique

Finance éthique et religions :

  • Des banques islamiques se développent en France et en Allemagne 
    • Notamment une première agence à Chelles
  • Standard & Poors annonce le lancement d’un indice boursier « catholique » :
    • « Par principe, toutes les entreprises qui réalisent plus de 1% de leur chiffre d’affaires grâce à l’avortement, la contraception, la recherche sur les cellules souches, la pornographie, les programmes érotiques ou l’armement seront exclues. »
    • Nous reviendrons sur ces explications dans un article séparé

Régulation :

  • Un résumé et des commentaires de chercheurs sur le dernier rapport Canfin-Grandjean sur les modes de financement pour décarboner l’économie
  • Un article de Finance Watch expliquant pourquoi les grandes banques prétendent qu’il ne faut pas réguler pour éviter le manque de liquidité, et pourquoi celle-ci n’est pas forcément bonne en soi

Investissement Socialement Responsable :

Finance Solidaire :

Microfinance

Pédagogie

 

 

Fiche de lecture : Finance éthique, de Michel Roux (quatrième et dernière partie)

Nous terminons notre fiche de lecture de « Finance Ethique » de Michel Roux dont la première partie est icila deuxième là, et la troisième ici.

L’ouvrage se termine sur des perspectives de la finance éthique, à l’époque en 2005.

L’auteur cherche d’abord les axes de développement de la finance éthique :

Il souligne le potentiel de l’épargne salariale, qui a une perspective de long terme, comme la finance durable, ce qui s’est effectivement produit.

Il identifie également la lutte contre l’exclusion :

  • Le surendettement des ménages, dont les pratiques sont liées à des cultures différentes en Occident :
    • Anglo-saxons : le débiteur ne doit pas être le seul à subir les conséquences massives de l’accroissement de l’offre de services financiers. La société doit développer comme pour les entreprises, la responsabilité limitée, en socialisant le coût et en permettant une réhabilitation rapide
    • Europe continentale : droit romain, société fondée sur l’échange et le respect des contrats. La phase de réhabilitation peut durer jusqu’à 5 ans pour la levée d’interdiction d’émettre des chèques.
  • Le microcrédit
  • Le traitement des incidents de paiement est une spécificité française lié au pouvoir de police délégué aux banques et à l’importance des chèques.
    • La médiation : pratique trentenaire aux Etats-Unis, très récente en France, qui a un gros retard
  • Les services bancaires de base
  • La discrimination bancaire et les banques
  • Développement du territoire :
    • mécénat, formation, territorialité des implantations de réseaux d’agence (ville/campagne), et partenariats avec les groupes communautaires (voir Community Reinvestment Act aux Etats-Unis)

Il note que l’ISR se développe avec 3 facteurs :

  • Prise de conscience d’une saine gestion de la planète
  • Entreprises de plus en plus observées par une multitude d’instances de la société civile
  • Les scandales financiers

Enfin, il mentionne le non côté et le Fonds de Réserve pour les Retraites qui commence à l’époque à s’intéresser à l’ISR

Dans la troisième partie, il dessine des perspectives pour la finance éthique

Dans le chapitre 8, il s’interroge sur la possibilité de noter ou labelliser la finance éthique, d’utiliser des données extra-financières quantitatives et qualitatives.

L’auteur décrit un contexte marqué par des normes comptables et prudentielles conçues dans le seul intérêt des investisseurs.

Il préconise une voie « pragmatique » :

  • traduisant les principes dans des termes opératoires que peuvent s’approprier les acteurs
  • recherchant une convergence internationale de la terminologie et du reporting possible
    • Cela entraîne des discussions sur la normalisation des critères de jugement, avec des organisations internationales comme ISO, et débouche souvent sur des principes non contraignants. On retrouve le problème de la capacité à réguler à l’échelle internationale
    • Les normes comptables ont mis un siècle à s’imposer, alors que les normes ESG en sont au tout début : elles auront un véritable rôle lorsqu’il faudra être noté ESG pour lever des capitaux
  • respectant la diversité des approches culturelles
  • utilisant une approche fondée sur la pédagogie et l’incitation plus que la réglementation.
    • Il faut user de l’influence en tant qu’investisseur / octroyeur de crédits pour observer, évaluer et sanctionner la non-intégration de l’impact sociétal chez leurs clients
    • Sur ce point, nous renvoyons sur une critique déjà faite à un autre ouvrage :  en France la moitié des ménages les plus riches détient plus de 90% du patrimoine, l’influence de l’investisseur est donc très concentrée dans les couches les plus aisées des populations. Les choix économiques et sociaux sont alors dans une logique de ploutocratie.

En termes de performance, l’ISR ne surperforme pas mais offre une moindre volatilité, parce qu’il prend mieux en compte les risques environnementaux et sociaux.

Enfin, il pose la question du choix entre l’homogénéisation des normes internationales, au mépris des spécificités culturelles, face à l’incapacité à comparer si l’on conserve ces spécificités.

On pourrait répondre que dans la perspective d’une épargne plus locale (au niveau macro-économique avec le mouvement de « démondialisation financière » qui a fait suite à la crise de 2008 tout comme au niveau microéconomique – la finance participative, les Cigales, club investissement pour une gestion alternative et locale de l’épargne solidaire), l’absence de comparaison n’est pas nécessairement un problème.

Chapitre 9 : La finance éthique s’imposera-t-elle par la loi ?

Michel Roux pose une question essentielle, sur laquelle il ne répond malheureusement pas : le financier qui accompagne une activité polluante est-il responsable ?

La loi NRE (Nouvelles Régulations Economique, 2001) est à la fois trop exigeante, trop floue et sans sanctions :

  • périmètre d’action flou (holding, maison mère, filiales ?)
  • pas de distinction entre secteurs d’activité
  • incompatibilité de certains critères avec le Global Reporting Initiative
  • pas de pénalité si absence d’information mais si information erronée

Conclusion générale : 

La FE est un marché émergent, avec de nombreuses problématiques :

  • Marché non structuré
  • Manque de transparence
  • Hétérogénéité des modes d’évaluation
  • Validité des processus de sélection des valeurs

Des propositions sont formulées :

  1. Créer un produit européen défiscalisé et de long terme pour décloisonner les marchés nationaux, avec en parallèle le développement d’une finance de proximité
  2. Développer la recherche pour mieux mesurer la performance, harmoniser les critères et les pratiques
  3. Penser autrement : développer la formation sur la Finance Ethique
  4. Utiliser les catalyseurs potentiels : épargne salariale, trésorerie des sociétés d’économie mixte, etc.
  5. Rôle d’impulsion et de régulation pour l’Etat

Le scénario envisagé, est celui du développement d’une niche pour la finance solidaire alors que l’ISR devienne de plus en plus « mainstream »

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